L'enfant de la guerre
Ce mois là, tu n'avais pas encore cinq ans,
fillette poussant un landau bringuebalant,
subjuguée par l'étrange garde champêtre,
qui défilait avec ses drôles de guêtres.
Ce papa avec sa belle tenue militaire
avait fière allure et sur la ligne Maginot,
avec tant d'autres et leurs fichus paletots
ils bouteraient de France, ces vils adversaires.
Ils étaient partis avec ces sourires de conquérants
aux chants guerriers contre les belligérants
ils rentreraient bien avant la nouvelle année
Les maréchaux l'avaient déjà proclamé.
Petite fille, combien as-tu versé de pleurs
seule, derrière la fenêtre guettant le facteur ?
L'imprenable ligne était contournée
et de nouveaux voisins s'étaient installés.
Petite fille de la guerre, tu as beaucoup souffert
de la peur des bombes et de la violence des hommes
il y a des atrocités qui abîment les mômes
et papa, prisonnier attendait son transfert
Tu es devenue une fille grande et belle
défilant avec une élégance naturelle.
Quel beau couple vous étiez, ce jour
où tout le monde enviait votre amour.
Des enfants sont venus vous combler
mais la vie ne fait jamais de cadeaux.
Ton combat a alors recommencé
et avec courage tu as porté ce fardeau.
Petite mère, tu peux être très fière.
A bout de bras, tu as porté et guidé
chacun de tes enfants vers sa destinée
sur son chemin et au delà des ornières.
Tu as l'amour de trois grands enfants
sortis de ce landau bringuebalant.
Ils te disent en chœur qu'ils t'aiment
et l'écrivent même si cela te gêne.